Bulletin Avril 2009

    Bulletin avril 2009

    Question à la concertation : le pinochetisme est-il mort ?

    Au mois de décembre de cette année auront lieu des élections présidentielles au Chili. Comme dans les quatre élections précédentes (1989, 1993, 1999 et 2005), tout indique que le pays verra s’affronter - dans un deuxième tour électoral - la Concertation pour la démocratie (front réunissant Démocratie Chrétienne, Parti Socialiste, Parti Pour la Démocratie et Parti Radical) et l’Alliance (coalition de droite composée de l’Union Démocratique Indépendante-UDI et de Rénovation Nationale).

    Aussi bien l’UDI que Rénovation Nationale représentent, à quelques nuances près, le Pinochetisme. Bien que voulant à tout prix se démarquer de cet encombrant héritage, le bloc de droite n’en est pas moins le gardien le plus zélé, quoique pas le seul, d’une conception politique et d’un modèle économique directement légués par la tyrannie. De leur côté, les partis de la Concertation se présentent comme les plus solides opposants et les véritables vainqueurs de la dictature et c’est sur ce discours qu’ils justifient et légitiment leur existence.

    Vingt ans après la fin formelle de cette période tragique de l’histoire chilienne, les choses semblent un peu plus complexes. Trois facteurs brouillent le message. D’abord, les anciens pinochetistes font tout pour projeter une image plus « civilisée » de leur politique. En quelque sorte ils ont réussi, en participant - toujours obligés et contraints - au vote de certaines réformes « démocratisantes ». Le deuxième facteur rendant les pistes un peu plus confuses est fourni par une Concertation, au gouvernement depuis deux décennies. En effet, au cours de ses quatre mandatures, elle est devenue le principal garant d’une Constitution héritée de la dictature et d’une économie néo-libérale qu’elle n’a pas seulement jamais mise en cause, mais qu’elle a défendu et rendu « crédible ». Le troisième facteur nous concerne directement, en tant que victimes des violations de Droits de l’Homme sous la dictature. Les gouvernements successifs de la Concertation n’ont eu de cesse que de proclamer la nécessité de « tourner la page » de la dictature, « ne pas vivre dans le passé », de « regarder devant et pas dans le rétroviseur » et d’autres clichés essayant de décourager la recherche de VÉRITÉ, la demande de JUSTICE et l’exigence de PUNITION des responsables des crimes contre l’Humanité. En même temps, cette même Concertation nous explique que si elle n’est pas reconduite aux affaires en décembre prochain, nous risquons de mettre à nouveau le Pinochetisme aux commandes du pays.

    De deux choses l’une, ou bien le danger de la tyrannie fait partie du passé et la Concertation perd sa principale raison d’être, ce qui viendrait justifier la construction de nouvelles alternatives populaires…Ou bien ce péril est toujours vivant et il faut le combattre avec toutes nos forces. Dans ce cas, il est évident que, outre l’abrogation urgente de la Constitution de la dictature et des changements radicaux dans l’économie, les autres tâches sont le rétablissement de la JUSTICE et l’application du châtiment à TOUS les criminels et leurs complices. Cela représente exactement le contraire de la politique de « tout effacer » et de « tourner la page » avec laquelle les divers gouvernements concertationistes nous ont répondu depuis deux décennies.

    Procès contre des anciens responsables de la dictature chilienne : Situation actuelle

    A 15 jours du procès prévu du 19 au 23 mai 2008, le Parquet Général près la Cour d’Appel de Paris a convoqué les Avocats pour leur faire savoir que : “compte tenu des difficultés liées aux contraintes de citation à l’étranger et afin que les débats se déroulent dans les meilleures conditions, après en avoir informé les parties civiles (il) a demandé au Président de la Cour d’Assises d’ordonner le renvoi du procès à une date ultérieure” (communiqué de presse de la Cour d’Appel de Paris, Parquet Général le 06 05 2008).

    Eurent ensuite lieu divers échanges entre ministères de la Justice et des Affaires Etrangères français et chiliens relativement aux notifications nécessaires à effectuer au Chili, postérieurement au renvoi susvisé.

    Ils se sont finalement accordés pour qu’il soit, dans un premier temps, procédé exclusivement, à ladite notification et une fois celle-ci effectuée à la notification de la nouvelle date d’audience retenue, toujours non fixée à ce jour.

    Après la rentrée judiciaire en septembre 2008 ont été entreprises par le Parquet Général les démarches de notification, à savoir, transmission via les ministères de la Justice et des Affaires Etrangères français à l’Ambassade de France, à Santiago du Chili.

    Le 15 janvier 2009, les actes notifiés parvenaient à l’Ambassade de France et furent immédiatement remis au ministère chilien des Affaires Etrangères qui à son tour l’adressa au Ministère de la Justice.

    Le 22 janvier 2009, ledit ministère en faisait notification à la Cour Suprême et celle-ci, le lendemain, soit le 23 janvier 2009, demandait au Procureur ses réquisitions à cet égard.

    Le 4 février, le Procureur rendait des réquisitions en faveur de la notification et le 11 février la Cour Suprême accueillait la demande française de notification aux différents mis en examen.

    Elle ordonnait en conséquence qu’il soit fait notification de la procédure française à la Cour d’Appel de Santiago afin que celle-ci procède ensuite à l’acheminement dudit dossier aux autorités compétentes en fonction du lieu de résidence des mis en examen.

    Podlech ou un heureux cas de “retour de bâton”

    L’histoire d’Alfonso Podlech Michaud, ancien procureur militaire de la région de Cautin (800 km au sud de Santiago), est tout à fait édifiante. Elle illustre le rôle de la justice internationale quand la justice chilienne est absente ou défaillante. Hélas, cela a été souvent le cas…

    Avocat, grand propriétaire terrien et membre du mouvement fasciste Patrie et Liberté dont les actes terroristes et les actions violentes émaillèrent toute la période du gouvernement Allende, il fut nommé procureur militaire par Pinochet en personne, le jour même du coup d’État de septembre 1973.

    Responsable direct de dizaines d’assassinats de syndicalistes, indiens mapuches ou simplement de militants de gauche, il régna en maître absolu dans la région de Temuco pendant les premières années de la dictature.

    Après la fin des dix-sept années de tyrannie, comme bien d’autres tortionnaires et criminels, Podlech réussit à passer entre les mailles de la justice chilienne. Il faut dire qu’à la recherche d’une hypothétique « réconciliation nationale », les autorités gouvernementales de la Concertation ont permis que ces mailles soient toujours assez larges pour bon nombre d’assassins.

    C’était sans compter avec l’opiniâtreté des familles des victimes, notamment de Fresia Cea, veuve du citoyen italien Omar Venturelli, arrêté et disparu sur ordre de Podlech dans les semaines qui ont suivi le putsch de Pinochet.

    À la demande de la famille Venturelli-Cea, la justice italienne a ouvert il y a quelques années des poursuites contre Alfonso Podlech, accusé de l’homicide et de la disparition de ce citoyen italien. Dans ce cadre, Podlech, qui pensait jouir d’autant d’impunité en Europe qu’au Chili, se promenait sur le vieux continent lorsque – par ordre de la justice italienne – il a été arrêté à l’aéroport de Barajas à Madrid en juillet 2008. Extradé et transféré dans une prison romaine, il est depuis neuf mois derrière les barreaux en attendant le procès instruit par le procureur italien Giancarlo Capaldo.

    Voilà que cette affaire montre qu’aucun criminel ne devra désormais négliger les actions que les familles et les associations de droits de l’Homme peuvent et doivent lancer à leur encontre. Cet événement démontre aussi que les victimes chiliennes de la dictature doivent souvent confier davantage dans la justice internationale que dans celle de leurs propres pays.


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