Bulletin du 4 septembre 2010

    EDITORIAL

    Après les premiers mois d’“état de grâce”, le nouveau Gouvernement chilien commence à montrer sa véritable nature. Clairement de droite, composé de pinochétistes durs (UDI) et de ‘modérés” (Rénovation nationale), l’administration Piñera a entrepris une série d’actions au nom de la sécurité et l’antiterrorisme. Articulées autour d’une législation répressive héritée de la dictature, jamais véritablement modifiée par les gouvernements successifs de la Concertation, ces mesures répressives ont commencé à frapper divers secteurs de la population. Les premiers touchés sont les plus pauvres et les plus discriminés : les Mapuche, peuple originaire du Chili. La longue grève de la faim, que plusieurs dizaines de prisonniers politiques mapuche maintiennent depuis plus d’un mois et demi, en est une dramatique preuve. Comprendre les raisons de leur lutte doit constituer pour nous le premier geste de la solidarité à leur égard.

    Amère coïncidence de l’histoire, ce durcissement gouvernemental se passe l’instant même où le pays célèbre le bicentenaire de son Indépendance et c’est aussi le moment où la mémoire du peuple chilien honore le souvenir du président Salvador Allende, élu démocratiquement le 4 septembre 1973, il y a exactement quarante ans.

    Chiliens de France, nous avons un défi supplémentaire, réussir les mobilisations autour du procès que la justice française suit contre une douzaine de responsables de la dictature. Accusés de milliers d’assassinats et disparitions forcées, notamment celles de quatre citoyens français, ces tortionnaires seront jugés en absence par les tribunaux de Paris, entre le 8 et le 17 décembre 2010. Ce procès constituera le point culminant de notre action en tant qu’organisation.

    Cependant, tant qu’au Chili les mêmes causes engendrent les mêmes injustices, nous continuerons à les dénoncer et à manifester notre solidarité avec ceux qui les subissent et qui luttent pour un monde meilleur.

    Septembre 2010

    La répression s’accentue sous le gouvernement du milliardaire Piñera

    La démocratie au Chili est née d’un véritable pacte entre les Forces Armées et la classe politique. Un État répressif perdure après vingt ans de « transition vers la démocratie ». La Constitution de Pinochet est toujours en vigueur, ainsi que ses lois antiterroristes et la loi d’amnistie conçue pour laisser impunis les crimes de la dictature. Le modèle économique néolibéral dont le Chili a été le laboratoire reste fondamentalement inchangé, et continue de générer injustice sociale et extrême inégalité.

    La violence répressive de l’État se déchaîne actuellement, sous le gouvernement de la droite dure, contre le mécontentement populaire, dans la continuité d’une politique menée au long des années de gouvernement de la « Concertación » (coalition constituée principalement par la Démocratie Chrétienne et le Parti Socialiste).

    Les manifestations des étudiants et des lycéens, des sans-logis, des retraités, des fonctionnaires, etc., étaient déjà systématiquement réprimées et le gouvernement de Michelle Bachelet avait déjà commencé à appliquer les lois antiterroristes aux Mapuches (principal peuple originaire du Chili) qui se battent contre l’usurpation de leurs terres et la destruction de l’écosystème par les multinationales forestières.

    Comme l’a dit le regretté José Saramago en s’adressant à la présidente du Chili à Madrid en mai 2006 [1] : « Ces habitants originaires qui ont été privés de leurs droits, sont aujourd’hui attaqués par les multinationales qui viennent usurper leurs terres pour construire des industries ». Il a continué ainsi : « Je vous demande de ne dire à aucune autorité ce que je vais vous raconter : il y a quelque temps je suis allé au Chili et j’ai tenu une réunion clandestine avec une communauté de Mapuches, et après avoir quitté le Chili j’ai appris que ces Mapuches avait été arrêtés et jetés en prison ». Désormais la situation des Mapuches ne fait qu’empirer. 32 parmi les 96 Mapuches actuellement emprisonnés mènent une grève de la faim depuis le 12 juillet. La police utilise la torture et tire à bout portant sur les manifestants Mapuches. Quatre d’entre eux ont été ainsi assassinés durant le gouvernement de Michelle Bachelet, nous sommes alors en droit de craindre que cette comptabilité morbide n’augmente avec le nouveau président qui cache mal son passé pinochetiste.

    On assiste aujourd’hui à une escalade répressive et de criminalisation de toute lutte revendicative d’opposition. Les étudiants qui réclament des réformes sont réprimés violemment, des députés et des maires qui manifestaient (hier) contre la réduction du budget régional de la province de Bío Bío ont été arrêtés ! Comme par hasard il s’agit de la zone Mapuche, par ailleurs la plus touchée par le tremblement de terre de février dernier. Le domicile de la présidente de la Corporation de défense et promotion des droits du peuple (CODEPU) [2] a été perquisitionné, il y a quelques jours, avec une extrême violence. Parmi la documentation saisie figuraient des dossiers sur la Mémoire Orale Mapuche et des fiches et témoignages des victimes de la dictature, ceci au moment où des pressions s’exercent pour tourner la page des années noires.

    L’immense solidarité que la résistance contre Pinochet avait trouvée en France nous fait espérer que la société civile progressiste et ses organisations nous aideront à briser le silence des médias sur les effets pervers de la continuité de l’héritage pinochetiste et à soutenir les luttes de notre peuple pour récupérer ses droits élémentaires.

    [1] Lors d’une rencontre organisée par la Maison des Amériques sur « Les droits humains et la sécurité juridique en Ibéro-Amérique, dont le juge Baltazar Garzón était l’animateur. Ce dernier a approuvé les propos de Saramago, en exprimant son indignation pour l’application raciste des lois anti-terroristes à l’encontre de l’ethnie Mapuche. [2] Corporation de Promotion et Défense Des Droits du Peuple, créé sous la dictature, membre de la Fédération internationale des droits de l’Homme.

    Un autre regard sur le Bicentenaire de l’indépendance du Chili

    L’historien Gabriel Salazar donnera une conférence sur le Bicentenaire de l’indépendance du Chili à la Maison d’Amérique Latine. Il est diplômé d’histoire à l’Université du Chili (1960), il a fait des études parallèles dans la philosophie et la sociologie. À 24 ans, il devient professeur assistant de Mario Góngora, qui, trois décennies avant il avait reçu le Prix National de l’Histoire du Chili. Il a rejoint en 1970 le MIR, une organisation dans laquelle il a milité jusqu’en 1973. Suite au coup de 1973, il a été arrêté et emmené à la Villa Grimaldi et Tres Alamos. Pendant sa détention, entre 1975 et 1976, Gabriel Salazar a élaboré un cours d’histoire économique chilienne, qui devint plus tard le livre « Histoire de l’accumulation capitaliste au Chili ». En 1976, il partit en exil au Royaume-Uni, qui lui offre une bourse pour poursuivre ses études, obtenant un doctorat en histoire sociale et économique à l’Université de Hull. Il est retourné au Chili avec sa famille en 1985, cette même année, il a publié son ouvre la plus importante « Les agriculteurs, les ouvriers et les prolétaires », qui a été reconnue comme l’une des contributions les plus importantes et novatrices historiographiques des derniers temps.

    Les livres les plus importants

    • (2009) Del Poder Constituyente de Asalariados e Intelectuales (Chile, siglos XX y XXI). Santiago : Ediciones LOM.  • (2009) Mercaderes, empresarios y capitalistas (Chile, siglo XIX). Santiago : Sudamericana. • (2008) Memorias de un Peón-Gañán Memorias de Benito Salazar Orellana ; Gabriel Salazar (Editor). Santiago : Ediciones LOM.  • (2006) Ser niño "huacho" en la historia de Chile (siglo XIX). Santiago : Ediciones LOM.  • (2006) La violencia política popular en las "Grandes Alamedas". Santiago : Ediciones LOM.  • (2005) Construcción de Estado en Chile (1760-1860) : democracia de "Los pueblos" militarismo ciudadano golpismo oligárquico. Santiago : Editorial Sudamericana. • (2003) Ferias libres : espacio residual de soberanía ciudadana (reivindicación histórica), en colaboración con Luis Bahamondes, Marcela Soto, Waldo Vila. Santiago : Ediciones Sur. • (2003) La historia desde abajo y desde dentro, Facultad de Artes, Universidad de Chile. • (2003) Historia de la acumulación capitalista en Chile (apuntes de clase). Santiago : Ediciones LOM.  • (1999 - 2002) Historia contemporánea de Chile, en colaboración con Julio Pinto, 5 Tomos. Santiago : Ediciones LOM.  • (2000) La sociedad civil popular del poniente y sur de Rancagua. Santiago : Ediciones Sur. • (2000) Labradores, peones y proletarios : formación y crisis de la sociedad popular chilena del siglo XIX. Santiago : Ediciones LOM. 

    8 - 17 décembre 2010 : Procès français contre la dictature de Pinochet

    Après douze années d’interminables démarches judiciaires, enfin la justice française soumettra à procès, du 8 au 17 décembre prochain, une douzaine de responsables de la dictature militaire chilienne (1973-1990). En rigueur, les tribunaux français ne jugeront ces accusés que pour l’arrestation et ultérieure disparition de quatre citoyens français : Jean-Yves Claudet, Alfonso Chanfreau, Georges Klein et Etienne Pesle. Cependant, en enquêtant sur ce nombre restreint de cas, les magistrats français démontent les principaux mécanismes criminels mis en place par la dictature chilienne et plus généralement par les tyrannies militaires latino-américaines pendant les années soixante-dix et quatre-vingts.

    Il s’agit d’un des rares procès mené en dehors des frontières chiliennes, d’où son extraordinaire importance. En particulier parce qu’au Chili même, les possibilités de connaître toute la vérité sur les crimes de la dictature et celles d’exercer une vraie justice ont systématiquement été interférées par la politique partisane et les arrangements de la post-dictature.

    Ce procès marque la frontière entre deux époques, celle qui a été témoin des pires violations aux droits humains de l’histoire du Chili et celle où ces graves atteintes risquent de ne constituer qu’un simple événement historique. Les responsables de ces crimes et leurs complices cherchent à banaliser ces méfaits, à les faire passer sous silence et à les oublier. En revanche, pour les innombrables victimes, enquêter, établir des responsabilités, juger et condamner les auteurs de ces atrocités, représente un pas essentiel pour leur reconstruction en tant que personnes et que citoyens. Aux tribunaux français et à la nation toute entière échoit la responsabilité historique de donner un coup d’arrêt à l’impunité et la raison d’Etat qui protègent depuis toujours tyrans et dictateurs partout dans le monde.

    Calendrier des activités

    • 4 Septembre : Repas républicain en commémoration du 40ème anniversaire de l’élection de S. Allende, au CICP - 21 Ter Rue Voltaire - 75011 Paris • 11 Septembre à 10H30 : manifestation dans la place Salvador Allende à Paris • 11 Septembre de 19h00 à 24h00 : Hommage à S. Allende dans la Salle des fêtes – annexe de la mairie du XIVème – 12 rue du Durouchoux - 75014 Paris • 14 Septembre à 18h30 : Conférence de l’historien Gabriel Salazar à la Maison de l’Amérique latine. • 7 Octobre à 21H00 : Film « Les couleurs de la discorde » à la Maison de l’Amérique Latine, suivi d’un débat avec José Maldavski (son auteur) • 9 Octobre : Colloque sur "Impunité en Amérique Latine" Co-organisée avec FAL • 5 Novembre : Meeting commémoratif du 40ème anniversaire de la prise du gouvernement par S. Allende : Espace Reuilly - 21, rue Antoine-Julien Hénard - 75012 PARIS 12 • 19 novembre : Présentation du livre « Una luz sobre la sombra » sur les victimes de la dictature dans l’Université Catholique du Chili. à la Maison de l’Amérique Latine Association d’Ex Prisonniers Politiques Chiliens (France)


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